Archive for December, 2011

Les choses concrètes

December 10, 2011

For the english version, see here : https://coulissesdunhiver.wordpress.com/2011/12/10/coming-to-reality/

Informations sur le projet à  trouver ici.

Courtes impressions du séjour à Athènes

Me voici depuis presque une semaine à Athènes, découvrant la réalité de la situation. Au premier regard, et sans avoir de connaissances antérieures de la ville, rien ne semble bien différent d’une autre grande métropole, mises à part de petites affichettes jaune et rouge. Et ce n’est pas une surprise, la vie continue ici, bien entendu. Mais avec un arrière goût amer. C’est en discutant avec les gens, rencontrés au hasard, qu’on se rend compte de l’incroyable de la situation. Apparemment, c’est depuis l’été dernier que tout s’accélère : c’est ma plus grosse surprise, moi qui croyais que la crise progressait constamment depuis deux ans.

Les gens lâchent prise, les contestations massives du printemps se sont éteintes et chacun se préoccupe d’aider ses proches en grosses difficultés, d’ajuster sa vie aux coupes salariales, de renégocier son loyer, de remodeler son quotidien. La « dévaluation interne » conceptualisée par la « troïka » est maintenant à l’oeuvre, et à vitesse grand V. Il n’est plus trop question pour les gens d’espérer en de grands mouvements citoyens, après un an et demi de protestations ignorées par les institutions internationales et violemment réprimées par l’état grec. Le temps est venu à l’ajustement personnel, parce qu’il n’est pas possible d’envisager autre chose. L’ajustement, c’est préparer l’émigration, à la campagne ou à l’étranger selon l’âge, ou changer de mode de vie : les rues se vident, les magasins, restaurants et cafés ferment en masse, même au centre ville, on se concentre sur l’essentiel. Et l’on retombe sur le premier signe qui surprend en arrivant à Athènes : les affichettes jaune et rouge annonçant « à louer » ou « à vendre ». En quelques mois, elles ont tapissé toutes les rues et vitrines vides, de l’acropole aux petites rues calmes des banlieues éloignées où résident les classes moyennes, en passant par les quartiers populaires situés entre les deux.

C’est au cœur de ce tableau que je suis en train de collecter des témoignages de personnes trouvées un peu au hasard, racontant de «simples ajustements » de leur vie, ou de véritables drames en cours ou en devenir.

Mais la situation générale a un côté monstrueux, où tout s’accélère et personne n’arrive à y croire. C’est un nouveau monde qui se dessine et qui arrive, et les gens, pour continuer à vivre, devront faire avec. L’espoir d’avoir une chance d’influer le cours des choses à l’air de s’être évanoui, après l’étrange annulation du référendum qui avait été annoncé en Novembre dernier. Peut être est ce temporaire.

Mais en attendant, la notion d’avenir s’évanouit et celle de survie apparaît. Dans les années 30, le mot « dépression » a t-il été utilisé pour décrire l’état économique ou psychologique de la situation ? Ici il n’y a plus de doute : il s’agit de la situation économique pour ceux qui ont déjà été emporté, et de la situation psychologique pour presque tous les autres.

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Coming to reality

December 10, 2011

La version française se trouve ici : https://coulissesdunhiver.wordpress.com/2011/12/10/les-choses-concretes/

Informations about the project here.

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Short impressions from the stay in Athens

Here I am, in Athens, almost a week already, discovering the reality of the situation. At a first sight, without knowing the city and the country before, nothing seems to be so different from another big city, except for small yellow and red stickers. And it is not a surprise, life goes on here, of course. But with a bitter taste. It is after discussing randomly with people that one discovers the incredible situation. And apparently, it is only since last summer that things are evolving quickly. It is the biggest surprise for me, I was so convinced that the situation had been on a constant pace the last two years.

People are slowly giving up, the massive demonstrations of last spring came to an end and everyone is more busy helping relatives in big difficulties, « adjusting » their lives to violent salary cuts, renegociating their rent, reshaping an everyday life that has to fit to the new standards of living. The « internal devaluation » imagined by the « troïka » is now getting real, and at a high speed. Hopes in having a weight in the decisions through massive citizen movements are fading, after one year and a half of protestations ignored by the international deciders and violently repressed by the greek state. Time has come for personal « adjustments » , as there is nothing else to imagine. Adjustment means preparing for emigration, to the countryside or abroad depending on the age, or changing the lifestyle : streets are emptying, shops, restaurants and cafés are massively closing, even in the very center where empty and trashed shops are already part of the landscape. One has to stay focused on the essential. And there it comes back to the yellow and red stickers, the first strange signal one sees coming to Athens. In a few months, these « for rent » or « for sale » stickers covered the walls, the empty shops, the bus stations and the pillars of the city, from the Acropolis to the remote small streets of calm middle class suburbs, not forgetting the lower class districts in between.

It is in the middle of this universe that I am collecting testimonials of people met by chance, telling me the « adjustments » in their own life, or true dramas unfolding or to come.

But the general situation has a monstruous aspect, where everything is accelerating in the last months, so fast that it is hard to believe it is real. A new kind of world is appearing and people, to go on living, have to do with that. The hope to be able to weigh anyhow on this evolution seem to have faded, maybe after the strange cancelation of the referendum, a few days after its announcement last November. But this event already seems so far away. Very recent surprises in polls are a sign, showing the decline of the old domination by the two ruling parties : the dynamics seem to change quickly.

But for now, the idea of a future is disappearing when the one of survival is coming. In the 30’s, the word « depression » was used. But it would be interesting to check if at that moment, the first ones to use this semantic were thinking of the economical or of the psychological aspect of the situation. Here, there is no doubt : it is the economical side for those already taken apart, and the psychological side for almost all the other.